p a r i s_______l i g n e s

Elisabeth GILET

J’ai rencontré Alain en 1997 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, lors d’un colloque consacré à Colette. Nous étions assis côte à côte, Alain pleurait Odette, son épouse disparue. Nous nous sommes retrouvés plus tard par le biais de la ‘Société des Amis de Colette’. J’étais interpellée par cette voix à la Jean Marais, une voix d’acteur, qui semblait venir de loin. C’est ainsi que nous fûmes amenés à réaliser de concert et à publier l’édition critique des chroniques théâtrales inédites de Colette : « COLETTE Billets de théâtre », Le Félin, 2008.

 

Alain, archiviste du feu, grand spécialiste d’Artaud et du surréalisme avait publié aux côtés d’Alain Brunet un remarquable : « Colette et le cinéma » chez Fayard, en 2004, préfacé par Claude Pichois, pour se reposer un peu d’Artaud, comme il se plaisait à le dire, en effet. Nous avons donc cheminé tous deux; j’ai eu la chance de travailler sous la houlette d’un immense chercheur. On ressort d’une telle expérience enrichi et modifié. De nos rencontres, je garde le souvenir d’une complicité et parfois le sentiment d’avoir approché un monstre sacré de la critique littéraire. Travailler en compagnie d’un tel maître, pointilleux, exigeant, méticuleux, était impressionnant à tous égards. Comment ne pas évoquer son immense culture, ses souvenirs, son style si personnel, cet humour caustique, et aussi ces silences ...

 

Je vous dois Alain, d’avoir fait l’expérience inoubliable de l’attente fébrile et de la découverte des critiques de notre recueil, dans les différents journaux et revues. Nous nous appelions pour nous signaler mutuellement tel ou tel article. C’est aussi dans le cadre du projet Virmaux que par un bel après-midi ensoleillé du mois d’avril 2011, nous avons eu le privilège rare de pénétrer dans l’appartement de Colette aux côtés des réalisateurs Prosper Hillairet et Nicolas Droin ainsi que de l’équipe de tournage. Que Monsieur Jacques Grange, célèbre décorateur international et propriétaire des lieux en soit remercié. Certes, j’avais souvent musardé sous les arcades, rêvassé devant la porte de l’immeuble, rue de Beaujolais, ou côté jardins, sous les trois fenêtres reconnaissables entre toutes à cette étoile aux branches entremêlées d’un « C », qui signale l’une d’entre elles. Chaque fois, je faisais le voeu de pénétrer au cœur même du Palais d’Armide, magicienne à qui la compara le poète Aragon, en un très long et beau poème - 35 quintiles d’alexandrins - paru dans Les Lettres françaises en août 1954.

 

Ainsi, nous déambulions tous deux sous les arcades du Palais Royal, dans les jardins, sur les traces de Colette. Le lendemain, nous étions en visite chez elle et même confortablement installés dans son salon ou plutôt dans celui de Jacques Grange, à moins que… éprouvant avec émotion la présence diffuse du grand écrivain. Alors que je m’extasiais devant une bibliothèque, Alain scrutait un guéridon à pattes chantournées et pieds de lion, à la Jean Cocteau : « C’est joliment tarabiscoté ! », s’exclamait-il avec enthousiasme. Je resterai fidèle, cher Alain,  à l’aventure des « Billets de théâtre » et je ne vous oublierai pas. Mes pas m’entraîneront au cimetière du père Lachaise où vous reposez tout près de Colette et paradoxalement bien loin  d’Artaud.

 

Elisabeth Gilet,

Enseignante Université de Nancy

 

RETOUR : ALAIN VIRMAUX

 

 

 

 



24/07/2013
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