p a r i s_______l i g n e s

André ROUMIEUX

 

 

Lorsque vous m'avez appris au téléphone le décès en 2012, de notre ami Alain Virmaux, j'ai réalisé l'importance de la place qu'il avait tenue dans ma vie au cours de ces vingt dernières années.

Aussi, je réponds bien volontiers à votre invitation à écrire quelques mots à son sujet.

 

 

Nous nous étions connus , Alain et moi, le 22 décembre 2000, à la Sorbonne, lors de la soutenance de thèse d'Olivier Penaut- Lacassagne:"Les métamorphoses de la croyance, Antonin Artaud et les fictions de l'esprit."

Je garde un souvenir précis de cette première rencontre empreinte de beaucoup de cordialité. Ce jour-là, après la soutenance  de thèse, nous avions  parlé en tête à tête, bien sûr d'Artaud et aussi de mon premier livre, Je travaille à l'asile d'aliénés qu’il connaissait, et des infirmiers qui avaient connu le poète au cours de son internement à l'hôpital psychiatrique de Ville Evrard , avec lesquels j'avais travaillés. Ce qu'il me dit m'intéressa  beaucoup et lui m'écouta , me sembla-t-il , avec beaucoup d'attention. Je compris que nous allions nous revoir.

 

 

Nous nous sommes revus d'abord à Paris puis à L'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard à la S.E.R.H.E.P. (Société d'Etudes et de Recherches Historiques en Psychiatrie). A nouveau à Ville Evrard où il vint présenter son film: Artaud le visage.

Nous avons correspondu et nous nous sommes téléphoné de nombreuses fois. Nous avons beaucoup parlé ensemble de cinéma, de littérature et d'Artaud en particulier. Je me souviens de la joie que j'éprouvais à échanger entre nous sur Artaud mais aussi sur Gaston Ferdière, Denys Paul Bouloc, Max Jacob, Céline , Henry Poulaille et Charles Glodblatt.

J'aimais son érudition et sa passion de la recherche.  Il m'envoyait la photocopie d'articles toujours avec un commentaire et un mot d'amitié. Alain a été pour moi très généreux et il m'a beaucoup appris.

De mon côté, je lui communiquais des photocopies d'articles et de témoignages, de lettres d'Antonin  Artaud  à Théodore Fraenkel que m'avait communiqués le neveu de celui-ci. Le fac-similé de l'une de ces lettres paraîtra dans la réédition de son Antonin Artaud /Germaine Dulac. La Coquille et le Clergyman. Alain m'en remercia chaleureusement.

 

Mais il me semble  que le moment  fort dans l'histoire de notre amitié fut la réalisation du film en 2009, Matricule 2626O2 Antonin Artaud à Ville – Evrard. Ce fut réellement un parcours à Ville-Evrard sur les traces d'Antonin Artaud , sous les galeries de l'établissement , qui nous conduisit , Alain et moi,  jusqu'à l'ancien quartier des agités aujourd'hui désaffecté, où fut transféré à plusieurs reprises l'auteur de Héliogabale ou l'anarchiste couronné, et où j'ai travaillé en tant qu'infirmier psy pendant des années. Je mesurais toute l'importance qui m'incombait de servir de guide dans un  lieu où se pratiquait alors une très dure psychiatrie : la psychiatrie asilaire. Le silence et le vide où nous nous trouvions dans l'un des  dortoirs au premier étage, donnaient à nos propos l'écho d'une époque au cours de laquelle Artaud, halluciné, douloureusement aux prises avec les hordes d'initiés sous la clarté angoissante des veilleuses grillagées, vécut des nuits effrayantes.

 

Oui, c'était bien la première fois  qu'une caméra pénétrait dans un quartier possédant toujours l' empreinte matérielle de l'époque d'Artaud. J'étais très ému , aux côtés d'Alain , dans une telle démarche de mémoire ; il me semble encore entendre sa voix discrète, appliquée, s'informer de la vie quotidienne du poète entre ces murs si répressifs. Je me souviens que nous tournions dans ce dortoir, semblables à des explorateurs d'un moment à la recherche de fantômes. Et moi le vieil infirmier qui avait connu le pavillon quasiment dans l'état où Artaud y avait vécu ,  j'avais la nette impression de réveiller une époque asilaire particulièrement dure pour les malades et pour nous aussi le personnel. Et c'était à travers les fenêtres à barreaux qu'Artaud, épuisé après  une longue nuit d'épreuve, voyait au delà des murs d'enceinte se lever un nouveau jour d'attente et de souffrances.

Depuis, bien des choses ont changé sur le plan du service, de l'établissement et de la psychiatrie en général.

Par une étrange et émouvante coïncidence, il y a quelque temps se produisit une troupe théâtrale dans ce même dortoir où avait souffert, désespéré, l'auteur du  Théâtre de la cruauté.

 

J'ai là , devant moi , les lettres et les articles que m'a communiqués Alain ; j 'aime les consulter et à l'occasion  en faire état à ceux qui viennent frapper à ma porte de retraité en Quercy, en quête d'informations sur Artaud le momo interné. Tout comme j'ai beaucoup aimé accompagner les projections de Matricule  2626O2.,ce qui me permettait  de parler d'Artaud et d'Alain , et d'évoquer aussi ma génération de soignants d'après guerre , époque où beaucoup d'entre nous espérions, malgré tout, une société de tolérance et de fraternité….

 

 

Merci de tout cœur de m'avoir invité à évoquer ces  quelques souvenirs en hommage  à notre ami, Alain Virmaux. Je le lui devais.

                                                                     

 

André Roumieux,

Ecrivain

 

 

 

  

 

 

RETOUR : ALAIN VIRMAUX 

 

 

 

 

 

 

 



21/01/2016
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