p a r i s_______l i g n e s

MARCHER / FLANER

 
MARCHER / FLANER
 
 
 
RETENIR EN MARCHANT

Un créateur de cinéma « doit être un homme constamment disponible, constamment « traumatisable » ; il doit avoir un sens de l’observation très développé, ainsi qu’un sens de la psychologie, il doit avoir une acuité visuelle supérieure à la moyenne, une acuité auditive aussi … et de la mémoire. A cet égard, ce qu’on a tendance à prendre pour de l’imagination, dans mes films, c’est en réalité un effet de la mémoire. C’est ce que j’ai retenu en marchant dans la rue, en assistant à un événement, en ayant vécu quelque chose »

Jean Pierre Melville,

Le cinéma selon Melville, Rui Nogueira, Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma, 1996

 

 

 

 

L'HOMME QUI MARCHE

"Pitié pour l'homme qui marche"
René Crevel

 

 

 

 

JE ME PERDAIS DANS LA NUIT

« Le film "à acteurs" ne me tente absolument pas. J'estime que la nuit moderne, peuplée de lumières étranges et chantantes, la nuit moderne qui ne ressemble vraiment à aucune autre nuit de l'histoire, est photogénique autant, plus encore que le visage d'une belle femme. […] Je ne travaillais pas selon un scénario préconçu. Je sortais le soir avec beaucoup de foi et mon petit appareil que tout le monde prenait pour un simple appareil photographique.
Je me perdais dans la mer, dans la nuit, dans la foule. Je chassais les images comme on chasse des oiseaux. Des vagues sonores déferlaient. Le miracle venait à pas rapides, haletant. Je le saisissais confusément et l'enfermais dans ma boîte. »

Eugène Deslaw, Filmliga, 1928.


MARCHER, BEAUCOUP, LONGTEMPS

"Je marchais beaucoup, longtemps, si bien que, selon ma coutume, j'avais complètement oublié où j'étais quand je me retrouvais dans les faubourgs"


Dostoïevski, Les Nuits blanches

 

 

 

ME PRECIPITER DANS LA RUE

"Un matin, l'envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la tête et, en courant, quittai le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour dévaler l'escalier et me précipiter dans la rue"

 

Robert Walser, La Promenade

 

 

UNE MARCHE QUI A BEAUCOUP DURE

"Encore une fois le matin dans les mêmes rues. Encore une fois la fatigue de tant de nuits pareillement traversées. C'est une marche qui a beaucoup duré"

Guy Debord, Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps

 

 

EN CADENCE

"Et il vit au loin, plus loin que les maisons, deux petites taches blanches qui dansaient au dessus du canal. C'étaient les gants blancs de Cornelius.
Si l'on n'y prêtait attention, et surtout si on oubliait que la surface de l'eau était encombrée par des arbres, le spectacle était fantomatique. Ces mains qui s'agitaient dans le vide. Le corps qui se confondait avec la nuit. Et sur l'eau le reflet de la dernière lampe électrique.
...
Ce fut inconscient  de part et d'autre, et d'ailleurs Cornélius devait ignorer la présence du commissaire. Toujours est-il que, dès les premiers pas qu'ils firent, ils étaient en cadence, si bien que les crissements de la cendrée se confondaient.
Maigret s'en rendit compte, parce qu'à certain moment son pied buta et que pendant un dixième de seconde le synchronisme cessa d'être absolu.
Il ne savait pas où il allait. Et pourtant son pas devenait plus rapide à mesure que le jeune homme marchait plus vite. Mieux : il se sentait emporté peu à peu par une sorte de vertige.
...
Le canal tourna. Cent mètres plus loin, dans la direction de la ferme, c'était le court espace éclairé par les rayons du phare.
Et le jeune homme sembla trébucher sur cette lumière. Il se retourna. Il la traversa en courant, en se retournant encore.
Il l'avait dépassée et il se retournait toujours tandis que Maigret entrait tranquillement dans la zone lumineuse, de toute sa largeur, de tout son volume, de tout son poids"
Georges Simenon, Un Crime en Hollande

 

 

 

 

 

 

FLANERIE

"La flânerie est une notion esthétique majeure à l'orée de la modernité parce qu'elle recouvre une rupture avec  l'a priori du sujet dont l'idéal de la perspective depuis la Renaissance déterminait  la place et le statut. Fondée sur le décentrement, la discontinuité, la sérialité, d'une part, et d'autre part, sur la montée en puissance du quelconque, de l'éphémère ou de l'insignifiant, en accord avec la marche, la ville et l'anonymat qui en découle, la flânerie apparait alors comme le geste théorique et pratique réclamé par l'arrivée des appareils de reproductibilté technique apparus au XIXè siècle, instaurant une mobilité perceptive continue"

 

Suzanne Liandrat-Guiges, Modernes flâneries du cinéma

 

 


"Une vie heureuse doit comporter beaucoup de flâneries dans de grandes cités maritimes"

 

Valery Larbaud

 

 

 

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18/08/2010
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